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L'Afrique des mots et des maux |
La facilité avec laquelle certains africains se laissent séduire par les propos creux et les discours propagandistes teintés de nationalisme opportuniste ne cessera jamais de me surprendre. Il suffit qu’un dictateur-autocrate désireux de se maintenir au pouvoir enfourche la trompette du souverainisme et de la pseudo-lutte pour l’indépendance que, sans même chercher à faire l’autopsie de ses discours, on est prêt à le hisser sur le pavois et à le brandir comme l’icône immaculée, le Messie, le Sauveur que l’Afrique et les africains attendaient pour les sortir des ténèbres et leur redonner leur dignité. Alors même que parfois, une simple analyse même superficielle suffit à mettre à nue l’imposture et à démasquer les démagogues qui abusent de l’incrédulité et de l’ignorance d’un peuple qui pour avoir souffert les affres de l’asservissement et de l’oppression est prêt à donner caution au premier venu pour peu que celui-ci l’aide à supporter le souvenir douloureux de ses fers.
La conscience des africains a ceci de particulier qu’elle est plus sensible à l’émotion qu’à la raison. Senghor ne disait-il pas que « si la raison est Héllène, l’émotion est nègre ». l’Homme africain est plus réceptif à la flatterie qu’à la sincérité, au mensonge qu’à la vérité. Et tout peuple qui se laisse séduire par les paroles mielleuses d’un tyran et se laisse aller à la dévotion et au culte de la personnalité, sombre peu à peu dans une conscience parallèle alimentée par des sentiments frivoles qui l’éloignent des réalités au point de le rendre passif face à sa propre déchéance et spectateur consentant de la déliquescence de son environnement
C’est à cela qu’on en était arrivé en Côte d’Ivoire. Trop occupés à pourfendre le blanc, « la cause de tous nos malheurs », le bouc émissaire parfait, certains ne voyaient même pas le gouffre dans lequel nous conduisait le régime prédateur de Koudou Gbagbo. Sous la refondation, l’anarchie était devenue la règle et l’ordre l’exception. A tous les niveaux de l’état, on a vu émerger une nouvelle race de vampires prompts à sucer le peuple jusqu’aux os, soufflant sur la plaie comme des rats pour la rendre insensible. Sous la refondation, il n’y avait plus d’État mais des états. Celui de la Fesci qui régnait en maître absolu sur le système éducatif; celui de Blé Goudé et de ses jeunes patriotes et miliciens qui détenaient le pouvoir de la rue et décidaient de qui devaient entrer à la fonction publique ; celui de Tapé Doh et de ses paysans bureaucrates qui avaient fait main basse sur la filière café-cacao ; celui de Simonne Gbagbo et de ses escadrons de la mort qui semaient la terreur et la désolation dans les foyers ; celui de Dogbo Blé et de sa garde prétorienne tribale qui « éffacaient » tous ceux qui étaient réactionnaire à la barbarie ; celui de Koré Moïse et de ses pasteurs milliardaires vendeurs de prophétie et experts en bourrage de crâne …etc…C’était cela la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo ! Un Etat de non droit, une cacophonie totale, un pays gangréné par des pratiques mafieuses à relents ethniques et régionalistes. C’est tout cela que tentaient de masquer les discours creux et folkloriques servis au peuple par les nervis à la solde du boulanger. Toute cette bouillie infecte déversée à longueur de journée par Blé Goudé et ses acolytes n’avait d’autres buts que d’infantiliser et d’endormir le peuple afin d’avoir carte blanche pour pouvoir s’empiffrer et se goinfrer d’avantage sur son dos... Mais ça il ne fallait surtout pas le dire. Tout discours qui sortaient de la ligne édictée par la refondation était catalogué de pro-français ou de pro-impérialiste. Il y avait d’un côté ceux qui aiment la Côte d’ivoire et de l’autre ceux qui ne l’aiment pas et donc « souhaitent sa recolonisation ». Tout ce qui respire dans ce pays devait rallier la cause du boulanger de Mama présenté comme le Messie, le nationaliste venu de la planète Mars pour sortir l’Afrique et le monde des griffes de la France. Pauvre de nous ! Ne dit-on pas qu’un crâne vide est la boutique du diable ?
facebook.com/Jean Ecclesiaste
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