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Le bourreaux des ivoiriens |
À la différence de l’historien, l’historiographe est un
écrivain chargé d’écrire l’histoire officielle d’un peuple ou d’un
souverain. Et parce qu’il est employé
par ce souverain ou ce peuple, il a tendance à réécrire l’histoire dans une
perspective avantageuse et flatteuse. Il
faut bien plaire à son maître, au risque de perdre son contrat. Laurent Gbagbo, je l’ai déjà écrit, s’est
montré piètre historien en jouant dans la même division que les Slobodan
Milosevic, Radovan Karadzic, Charles Taylor, Idi Amin Dada et autres. Il
voudrait en revanche que nous fussions cléments avec lui en devenant ses
historiographes, afin de peindre son régime et son règne dans une perspective
avantageuse, celle d’un grand souverainiste, d’un panafricaniste, d’un
combattant contre l’impérialisme, le néo-colonialisme, ou du défenseur de
l’Afrique digne, etc. Je vais relever
ici ce défi, mais à l’image du mauvais historien qu’il est, je serai son mauvais
historiographe.
L’historiographie très
officielle de Laurent Gbagbo commence avec la légalisation du multipartisme le
30 avril 1990. Il dirige alors
ouvertement le Front Populaire Ivoirien – FPI – et s’allie tour à tour avec les
Bernard Zadi Zaourou, Moriféré Bamba et Francis Wodié dans ce qui était la
Gauche Démocratique, puis avec le RDR dans le Front Républicain et enfin avec
la junte militaire de Robert Guéï. Très
vite, il trahit cependant ses camarades de la Gauche Démocratique en se
présentant aux élections d’octobre 1990 contre Houphouët-Boigny. Critiqué, il fait mettre une cagoule à
Bernard Zadi Zaourou dans son journal, La Voie, comme pour nier son
appartenance historique à ce que fut la Gauche Démocratique.
En 1995, il fait
alliance cette fois avec le Rassemblement Des Républicains – RDR – dans ce qui
devint le Front Républicain. Il fait
alors semblant d’être solidaire des tribulations d’Alassane Ouattara. Il incite à un boycott actif de l’élection
présidentielle d’octobre 1995, officiellement pour marquer son indignation
contre le code électoral taillé sur mesure et qui barrait la route de la
candidature à son allié. La Côte
d’Ivoire connaît alors ses premiers réfugiés internes, des baoulés fuyant les
forêts pour s’entasser au Cafop de Gagnoa.
Les plus chanceux y vécurent plus de 6 mois dans des conditions
inhumaines, quand les moins chanceux furent tués dans l’anonymat des forêts de
Soubré, d’Issia et de Gagnoa.
À la faveur du coup
d’État du général Guéï le 24 décembre 1999, Laurent Gbagbo revint du Gabon au
galop et salua ce coup de force qui ferait avancer la démocratie et exigea les
morceaux les plus viandés du gouvernement – pour parler comme feu Ahmadou
Kourouma. Il obtint ainsi entre autres
la Fonction publique, l’Éducation nationale, le Budget, la RTI et une place de
Conseiller à la Défense. Plus tard, il manœuvra pour obtenir le renvoi du RDR
du gouvernement de transition afin de mieux contrôler le général Guéï. Dès lors, Il gère l’Économie et les Finances
puis manœuvre encore pour faire invalider toutes les candidatures issues du
PDCI et du RDR à l’élection présidentielle d’octobre 2000. Il signe ensuite un pacte avec le général
selon lequel il accepterait d’être le Premier Ministre de ce dernier qu’il
laisserait gagner. Le général, séduit par cette perspective de devenir
Président démocratiquement élu, se laisse avoir. Alors qu’il avait prêté serment le 24 octobre
2000 en qualité de premier Président de la Deuxième République devant Tia Koné,
il est contraint de fuir le palais présidentiel le lendemain au profit de son
allié qui n’était pas à un reniement près. Laurent Gbagbo prête serment lui
aussi en qualité de premier Président de cette même Deuxième République le 25
octobre devant le même Tia Koné !
Le même jour, les
militants du RDR manifestent pour réclamer la reprise des élections où leur
leader serait autorisé à concourir.
Laurent Gbagbo donne l’ordre de les mater : le charnier de Yopougon est
alors constitué avec 57 corps découverts le 26 octobre 2000. L’ONU qui a enquêté sur le massacre, désigne
nommément les coupables. Ils sont jugés
légèrement, blanchis et libérés pour non lieu.
Les 4 et 5 décembre
2000, il mate aussi les militants du RDR qui avaient le toupet de manifester
encore une fois contre l’exclusion de leur champion de la liste des candidats à
la députation. La boucherie émeut l’ONU
qui dépêche une mission d’enquête. Elle
établira le bilan à 85 morts, mais comme pour le charnier de Yopougon, il n’y
eut personne pour payer pour ces crimes
contre l’humanité. Aucun procès
n’a eu lieu à ce sujet à ce jour.
Dans le même
temps, Laurent Gbagbo auréolé de sa victoire calamiteuse, exige et obtient des
syndicats de lui accorder une trêve sociale de 2 ans, lui qui a appris aux
Ivoiriens à marcher pour protester !
Pendant ce temps, il organise un forum de la réconciliation nationale en
2001 non pas pour réconcilier les Ivoiriens, mais pour les diviser
officiellement et irrémédiablement. Il
proclame à la tribune de ce forum que l’article 35 de la Constitution du pays a
été écrit expressément pour empêcher Ouattara d’être candidat à une élection en
Côte d’Ivoire. Et il jure qu’il en sera
ici tant qu’il conserverait le moindre souffle de vie.
Dr SAMAKE
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